Différents Rituels
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[modifier] LE BWITI
[modifier] origine du bwiti
Le bwiti est un culte Africain, originellement pratiqué par les pygmées depuis des millénaires (l'archeologue Richard Oslisly a retrouvé des traces par anthracologie dans le charbon d'usage de l'iboga, plante servant de sacrement dans le bwiti, datant de plus de deux mille ans). La racine étymologique du terme bwiti reste obscure, certains, comme le linguiste originaire des monts du Chaillu, M.Okaba, prétendent qu'il s'agirait d'une déformation d'un mot Tsogho "bo-hete", signifiant "emancipation", libération d'un fluide"... Le bwiti constituerait alors un outil permettant à l'homme de se libérer de sa condition. D'autres ont fait le parallèle avec un groupe pygmée, les Mbuti. Quoi qu'il en soit, les pygmées ne transmettent le bwiti et leur connaissance du bois sacré (l'iboga) qu'au milieu du dix neuvième siècle à un groupe bantou, les Apinjis ("ceux de la forèt"; il s'agirait du premier groupe bantou arrivé sur place), plus précisement aux Apinji Mokodo. Ceux-ci, absorbant des quantités de bois de plus en plus importantes dans le but de rentrer en contact avec le royaume des morts, auraient donné naissance à la forme hautement ritualisée du culte, dans le but de se protéger. Mais, là encore, plusieurs versions s'opposent, l'une d'elles émanant des groupes du Dissumba Fang, affirmant que le rituel Bwiti est un héritage des rituels initiatiques de l'Egypte antique arrivés jusqu'au Gabon via les pygmées (voir Atome Ribenga ou "contribution a l'histoire ancienne des pygmées" de Victor Bissengué). Ensuit le bwiti s'est répandu dans tous les groupes Bantous forestiers, les Simba, les Mitsogho, tout ces peuples ont contribué à la création de la langue sacrée du bwiti, le"Motinbo". Le Bwiti a enfin touché les Puvi, Okandé, Eshira, Myéné avant les Fangs en 1890 (cependant, la conversion massive des Fangs aura lieu aprés les grands chantiers forestiers de 1927). Aujourd'hui,le Bwiti s'ouvre aux occidentaux, notament grâce à l'esprit d'universalité du Dissumba Fang, les premiers initiés blancs, que ce soit l'italien Samorini ou le français De Poitevin "tatayo" ayant contribué à rendre abordable ce culte très secret. dissumba et misoko
Le bwiti se décompose en deux courants principaux, subdivisés en un grand nombre d'écoles, le bwiti n'étant absolument pas dogmatique, il s'agit d'une tradition exclusivement orale et pragmatique (il existe une troisième voie très secrète, le bwiti Ndéa a Kange, il s'agit des commandos du bwiti, confrérie martiale où l'on apprendrait à tuer, à se rendre invisible, insensible aux balles, etc...). Le Misoko, ou bwiti des yeux, est le bwiti thérapeuthique, il s'agit d'un culte ancestral conduit par des maîtres-initiateurs utilisant l'iboga à doses modérées, souvent mélangé à d'autres plantes. Le Misoko permet une exploration de son existence dans le but de régler les conflits restés insolubles. Il existe quatre branches dans ce bwiti: -Myobe-Syngedia-Ngonde et une quatrième branche dont on ne prononce pas le nom. Le Bwete a Misoko, est considéré comme le plus ancien des cultes, celui pratiqué à l'origine par les gens de la forêt, le Dissumba constituerait un approfondissement des pratiques du Misoko, les bwitistes ont coutume de dire que le Misoko gère l'horizontalité alors que dans le Disumba c'est de verticalité dont il est question (mais ces séparations ne sont pas si marquées,on peut tomber dans le Dissumba lors d'un rite Misoko et rester à s'occuper de son horizontalité lors d'une initiation au Dissumba). Une autre spécificité du Misoko provient de sa qualité de culte anti-sorcier, car au Gabon les attaques sorcières sont fréquentes (on parle de fusils nocturnes etc..), et les bwitistes agissent la nuit pour lutter contre les sorciers et dénouer leurs liens. Ainsi, ils doivent être initiés aux pratiques sorcières pour pouvoir les déjouer (ce qui fait que certains d'entre eux basculent souvent de l'autre côté d'une frontière qui n'est pas clairement définie... comme beaucoup de pratiques à caractère magique, il est difficile de limiter le bwiti à la norme morale occidentale). Jean Tsanga, dit Motamba (racine), est le roi coutumier du Bwiti Misoko (il supervise aussi le Mwiri des hommes et le Myéné des femmes).
Le Dissumba constitue le Bwiti cosmique, celui qui permet à l'homme de rentrer en contact avec le pays des morts (le village des ancêtres) et le souffle créateur de toutes choses, Muenga Benda (le souffle est un élément important de la cosmologie gabonaise, quand les bwitistes prononcent le dikombo "Bokaye" pendant le rituel, cela signifie "au nom du souffle"). Pour cela, les initiés du Dissumba avalent de très grosses quantités d'Iboga, plusieurs assiettes (la plupart des accidents ont lieux lors des initiations au Dissumba), il faut noter que l'initiation au Dissumba constitue un rite de passage pour les jeunes garçons des villages Mitshogo des régions du Sud, l'immersion dans le pays des ancêtres leur permet d'acquérir les connaissances traditionelles nécessaires à leur intégration dans la communauté. Les Fangs ont développé un Dissumba très spécifique, qui comprend des éléments de liturgie chrétienne, de pratiques initiatiques du Bwiti Dissumba et certains éléments de leur culte des ancêtres traditionnel, le Byeri. Les Fangs constituent un peuple arrivé des Savanes de l'Est au milieu du 19e siècle, peuple guerrier qui possède un culte des ancêtres, le Byeri où ils consomment un psychotrope aux effets violents, l'Alan(Alchornea Floribunda), et communiquent avec les morts par le biais d'ossements humains qu'ils conservent comme des reliques. Victimes de la colonisation et de son acculturation, ils vont trouver dans le Bwiti, à partir des années 30, un formidable courant d'espoir, le Bwiti Fang possédant une certaine tendance messianique, il est d'ailleurs porté par des Prophètes, qui constituent des branches particulières, permettant au Bwiti Fang de maintenir son unité dans la diversité. Les Fangs ont aussi la particularité d'initier les femmes, chose que l'on ne retrouve pas chez les mitshogo, chez qui les Femmes ont leur propre culte, le Mambundi (très proche des cultes vaudous, il s'agit en effet d'un rite de possession sous iboga, très impressionant). A noter que même si le Bwiti Fang est ouvert aux femmes, celles-ci possèdent leur propre société secrète équivalent du Mambundi Tshogo, l'Ombwiri (où l'on consomme l'iboga sur des semaines en petites quantités). '
[modifier] l'initiation'
Nous allons nous limiter au descriptif de l'initiation au Bwiti Misoko. Elle dure dans sa première phase 24 heures, une première partie en brousse, en plein jour, l'autre consistant en une veillée de nuit avec manducation d'iboga pour le Banzi (neophyte). Mais pour que l'initiation soit complète et que le banzi devienne Nganga, il faudra trois cérémonies pour parfaire le rite: -La veillée d'initiation -La veillée de l'Edika -La veillée de remise du premier fétiche Bwete. Tant qu'il n'a pas achevé ce cycle, l'aspirant à l'initiation reste un Banzi, un nouveau-né. La veillée d'initiation se décompose de la manière suivante: 1-foret (jour) -récolte des ecorces -enterrement du fétiche (mbando) -fumigation dans la hutte (ifulu) -bain de rivière (mosolo) -pommade rituelle -transfert rituel du mauvais sang -début de la manducation d'iboga 2-corps de garde (nuit) -manducation d'iboga et visions initiatiques -interprétation au bwenzé (matinée) La veillée d'Edika consiste en un repas rituel dont les ingredients sont gardés secrets mais qui fait office à la fois de pansement gastrique et à la fois de lien sorcier fixant définitivement l'initié a sa famille mystique.
[modifier] sources:
- Bokayé, essai sur le bwiti Fang du Gabon-Rene Bureau(l'harmattan)
- La naissance à l'envers-André Mary(l'harmattan)
- Paroles d'un enfant du bwiti, les enseignements d'Iboga-Marion Laval-Jeantet(l'originel)
- Iboga, invisible et guérison-M.Laval-Jeantet(cqfd)
- Le miroir et le Crâne-Julien Bonhomme Le miroir et le Crâne-Julien Bonhomme(Cnrs)
- La nuit du Bwiti film de Jean-Claude Cheyssial
[modifier] Quelques exemples de l'usage rituel de la liane ayahuasca
- Chez les Cashinahua, l'ayahuasca est consommé en groupe dans le but de se renseigner sur des évènements risquant d'affecter la communauté ou des individus particuliers (par exemple dans le cas de visions de famines, on aggrandit les jardins). Les séances sont ponctuées de chants et les hommes se serrent les uns aux autres pour accentuer le contact physique leur permettant d'affronter la frayeur de l'experience. Il est étonnant de noter que chez les cashinahua, l'usage de la liane à des fins thérapeutiques n'est qu'un dernier recours (aprés l'auto-médication, l'herboristerie et les techniques chamaniques de soins), et qu'il s'agit pour le chamane de consommer la liane pour s'informer sur la nature du mal et la marche a suivre dans les soins (cf. Kensinger).
- Les shuars consomment souvent le natema (ayahuasca) à titre individuel (un homme sur quatre utilise les techniques chamaniques). Sous l'influence du natema, les chamanes projettent des dards invisibles (tsentsak) dans le corps de leur victime pour provoquer la mort ou la maladie. Il se rendent pour cela près de sa maison sous l'influence du natema pour lui projetter un dard à son insu (on est loin de la madre ayahuasca). Une autre technique d'ensorcellement shuar rattaché au natema, consiste à utiliser les services d'un oiseau-wakanii pour provoquer la folie chez sa victime (les shipibos ont une pratique similaire). Les shuars consomment de grandes quantités de natema pour lutter contre les attaques sorcières, j'ai rencontré cet été en Espagne une apprentie d'un chamane shuar qui prétendait que celui-ci consommait quotidiennement du natema, se nourissant tous les jours de 500 gr de viande rouge à chaque repas (!!!) pour nourrir ses esprits animaux protecteurs. (cf. Harner; lire "Les lances du crépuscule" de P. Descola pour une description détaillée de l'univers shuar).
- Les sharanahua possèdent quant à eux des chants utiles aussi bien pour guérir que pour tuer; ainsi un sharanahua a révélé avoir tué deux enemis "en les chantant à mort" sous l'influence de la liane.
- Chez les campas, la cérémonie du kamarampi (ayahuasca) consiste à consommer collectivement le breuvage et prend une forme qui hésite entre la performance chamanique et le culte religieux (adoration,louange), similaire à certaines veillées du bwiti fang au Gabon (sans l'aspect syncrétique) (cf. Weiss).
- Un autre usage étonnant rapporté par Roessner (1946): "Des indiens d'une tribu inconnue de la region de l'Ucayali s'asseyent parfois ensemble et, tout en buvant, se proposent de visualiser chacun une facette d'un même sujet, par exemple 'allons voir les cités'. Et les indiens ont ensuite demandé à des hommes blancs quels étaient ces étranges appareils (aparatos) défilant si rapidemment le long de la rue: ils avaient vu des voitures, dont ils ignoraient l'existence (un usage similaire est rapporté par Hugues de Poitevin concernant les pygmées baka et l'iboga au Gabon).
- Reichell-Dolmatoff (1960) révèle que la liane est utilisée chez les noanama pour produire des visions ayant pour but la divination. Il s'agit souvent de localiser des objets perdus ou volés.
- Les barasana ou les tukanos boivent le caapi et exécutent des danses en lignes rituelles. Les tukanos ont ainsi une cérémonie: le yurupari où, sous l'influence du yagé et du vacarme étourdissant des trompes et des tambours, de jeunes initiés se lacèrent de coups de fouet jusqu'à se couvrir le corps de trainées sanglantes (là aussi, un rituel similaire existe au Gabon chez les mitshogo lors de rites de passages initiatiques du bwiti dissumba).
- Peu connue aussi, l'utilisation pour le plaisir et en qualité d'aphrodisiaque (Reinburg 1921, Wifflen 1915 et confirmé par les travaux de Marlène Dobkins Rios). A ce sujet, Reichell-Dolmatoff fait la liste des visions les plus récurrentes chez les tukanos et on trouve parmis les cinq plus fréquentes: le sexe masculin, le sexe féminin, un uterus fécondé, un uterus comme passage et des émissions de spermes(!!!), le fameux anaconda n'arrive qu'en sixième position, et en dixième position on trouve des visions ayant trait aux relations incestueuses.
- Pablo amaringo, le peintre vegetaliste, évoque son grand-père Ambrosio Amaringo, qui était un "muraya"; type particulier de chamane capable d'avaler six gourdes d'ayahuasca afin de se rendre invisible aux autres personnes et devenir un pur esprit (Guillermo Arevalo, chamane shipibo, parle de ce type de pouvoirs dans l'ouvrage de Jan Kounen "Vision").
- Encore un usage très étonnant, rapporté par Amaringo: les opérations chirurgicales "spirituelles" sous l'influence de l'ayahuasca. Il rapporte qu'en 1959, souffrant d'un problème cardiaque, son père lui a administré une dose importante de breuvage. Sous l'effet de celle-ci, il s'est trouvé projetté à travers l'espace en Amérique où un médecin occidental accompagné de sa femme ont procédé a une opération à coeur ouvert. Des faits similaires ont été vécus par Sebastiao Costa, disciple de Mestre Irineu, fondateur du Santo-Daime (Monteiro, 1985).
- Enfin, l'ayahuasca est parfois utilisée en conjonction avec les pusanga, rituels d'ensorcellement amoureux pour séduire un ou une partenaire.
Texte : Stelio (Lucid-State.org)
Retouches : *StarTrek*
Correction fautes d'orthographe, retouches : Mindblower
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